Pourquoi vous répétez les mêmes schémas, et comment en sortir

Illustration de l'article Le principe du miroir

Pourquoi vous répétez les mêmes schémas, et comment en sortir

Si le même schéma revient, ce n’est pas un manque de volonté : votre intérieur vous ramène à ce qui lui est familier. Vous changez de travail, de ville ou de partenaire, et quelques mois plus tard, la même situation se présente. Le même supérieur qui vous en demande trop, la même équipe qui finit par vous résister. Le même genre de personne qui vous fait du mal. Vous avez pourtant compris beaucoup de choses sur vous. Mais comprendre ne suffit pas. Je vous explique ici d’où vient un schéma répétitif, pourquoi il revient même quand vous le voyez venir, et comment en sortir, en 6 étapes que j’utilise avec les personnes que j’accompagne.

En vidéo : quand vous inversez votre perception de la réalité, votre schéma répétitif s’arrête

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Qu’est-ce qu’un schéma répétitif ?

Un schéma répétitif, c’est une situation qui revient dans votre vie, sous des formes différentes, avec le même fond. Les décors changent. Le scénario reste.

Une cliente qui travaille dans le milieu médical m’a dit un jour en séance : « Où que j’aille, mon supérieur me sollicite trop, et je finis toujours en burnout. » Un autre client a peur que son équipe se retourne contre lui. Et c’est exactement ce qui se passe : chaque fois qu’il prend la tête d’une équipe, elle finit par résister à sa façon de manager.

En amour, c’est souvent le même type de partenaire. Ailleurs, ça touche vos finances ou votre santé. Le signe qui ne trompe pas, c’est cette phrase que vous finissez par prononcer : « Où que j’aille, c’est toujours pareil. »

Pourquoi ce n’est pas un manque de volonté

Beaucoup de personnes me disent : « Julien, j’ai la détermination, j’ai les connaissances, j’ai déjà fait un travail sur moi… mais les mêmes schémas continuent de se reproduire. » Si vous vous reconnaissez, entendez ceci : vous n’êtes ni faible, ni cassé.

Pensez à une rivière. Elle coule naturellement sur son lit, et pas ailleurs. Nous fonctionnons de la même façon : la plupart des gens répètent ce qui leur est familier. Leurs résultats, au travail comme en amour, reflètent ce qui est le plus naturel pour eux, à l’intérieur.

C’est ce que j’appelle le chez-moi émotionnel. Tout comme vous reprenez sans y penser le même trajet pour rentrer chez vous, vous revenez aux mêmes ressentis : la peur, la culpabilité, la honte, ou au contraire la paix. Même désagréable, ce ressenti est connu. Et votre intérieur préfère le connu.

La recherche sur les habitudes va dans ce sens. La psychologue Wendy Wood et ses collègues ont demandé à des personnes de noter ce qu’elles faisaient, heure par heure. Environ 43 % de leurs actions étaient répétées presque chaque jour, dans le même contexte (Wood, Quinn et Kashy, 2002). Cette étude porte sur les habitudes, pas sur vos histoires d’amour. Mais elle montre qu’une grande partie de ce que vous faites ne passe pas par votre décision consciente.

Voilà pourquoi comprendre ne suffit pas. On ne devient pas bon nageur en comprenant la nage. On le devient en allant à la piscine, encore et encore, jusqu’à ce que le corps sache nager. Un schéma, c’est pareil : vous pouvez le décrire parfaitement et le revivre la semaine suivante. C’est l’une des barrières mentales et émotionnelles qui vous empêchent de donner votre pleine mesure.

Ce que vous voyez dépend de ce que vous cherchez

Imaginez une jeune fille qui s’est sentie abandonnée par son père à 13 ans. Aujourd’hui, elle en a 30. Elle rencontre quelqu’un. De quoi a-t-elle peur ? D’être abandonnée à nouveau.

Au quotidien, son attention se porte sur toutes les petites preuves que cet homme pourrait partir. Un message qui tarde. Un week-end où il est moins présent. À force de vérifier, elle trouve ce qu’elle cherche : les preuves qu’il va l’abandonner. Le même schéma qu’avec l’homme d’avant, et celui d’avant encore.

Personne ne voit le monde dans sa totalité. Vous faites une sélection de ce qui se passe autour de vous, et la façon dont vous la faites en dit beaucoup plus sur vous que sur le monde.

Peu à peu, cette sélection devient une histoire, avec un titre : « J’attire des personnes qui m’abandonnent. » « On vit dans un monde d’hypocrites. » Et quand vous êtes attaché à une histoire, vous vous débrouillez pour que la vie lui donne raison. Ce n’est pas de l’ésotérisme, c’est mécanique.

J’en parle dans le principe du miroir : ce que vous observez chez les autres vous renseigne d’abord sur vous. Tant que vous ne prenez pas conscience de l’histoire qui se joue en vous, elle continue de se jouer en boucle.

L’émotion qui n’a pas été vécue jusqu’au bout

Il y a une deuxième raison, plus physique. Une émotion, c’est une information que vous captez et que vous ressentez, une sensation qui traverse votre corps.

Or il arrive qu’une émotion s’arrête en chemin. Vous vivez un rejet ou un mensonge, et sur le moment, vous ne vous laissez pas traverser par ce que vous ressentez. Vous serrez les dents, vous passez à autre chose. Cette charge continue d’exister en vous.

Tant qu’elle est là, chaque situation qui ressemble à l’expérience de départ réveille la même émotion, comme une nouvelle occasion de finir de la vivre.

La plupart des gens font l’inverse. Ils fuient l’émotion, parce qu’elle est désagréable, et ils désignent un coupable : « C’est lui qui m’a abandonnée. » S’il est coupable, ils n’ont pas à ressentir. Sur le moment, ils s’en sortent indemnes. Mais le schéma revient.

Un problème vient pour passer, pas pour rester

Quand un schéma revient, la plupart d’entre nous le vivent comme un problème. « J’ai changé de poste et je refais un burnout, c’est mon problème. »

Le mot « problème » n’est qu’une étiquette. Quand vous la collez sur une situation, vous la figez : le problème reste, le schéma se répète.

Ce que j’ai compris, et c’est à la fois déroutant et soulageant, c’est que les problèmes ne viennent pas pour rester. Ils viennent pour passer. Chacun porte une leçon. Quand la leçon est apprise, le schéma n’a plus de raison de se répéter.

Je vous invite donc à changer de question. Au lieu de « Pourquoi ça m’arrive encore ? », demandez-vous : « Quelle est la leçon ici ? Qu’est-ce que je suis en train d’apprendre ? »

Je l’ai vécu. Quand je préparais mon 100 km, que je voulais courir en 13 heures, j’avais beaucoup d’autres priorités. Je m’éparpillais, c’était mon schéma. Il s’est arrêté quand j’ai appris que, pour me concentrer sur une chose, je devais renoncer au reste. Ce n’était pas une leçon confortable. Les leçons le sont rarement. Un schéma qui revient veut simplement dire que la leçon n’est pas encore apprise.

Pourquoi on évite la leçon : la douleur qu’elle contient

Si la leçon est là, pourquoi ne l’apprend-on pas ? Parce qu’elle contient souvent une douleur, et que nous fuyons cette douleur.

Quand nous avons cherché la leçon avec ma cliente du milieu médical, nous avons compris que c’était : « J’ai le droit de ne pas être là. » Et elle avait peur de l’apprendre. Cette phrase la renvoyait au jour où son père est parti, à l’hôpital, sans qu’elle ait pu être à ses côtés. Elle s’était sentie terriblement seule, coupable et triste. Tout en elle résistait à cette leçon.

C’est là qu’intervient l’attachement. Derrière un schéma, il y a souvent un attachement à une personne, à une situation ou à un comportement. Sa fonction est de vous éviter la douleur que contient la leçon.

Quand vous lâchez cet attachement et que vous acceptez de ressentir la douleur au lieu de la fuir, elle vous traverse et elle vous livre son message. Ce message, c’est la leçon : « J’ai le droit de dire non. » « Je suis très bien tel que je suis. » Quand la leçon est entendue, vous passez à l’étape suivante, et la vie retire l’obstacle.

Comment sortir d’un schéma répétitif, en 6 étapes

Voici le protocole que je donne aux personnes que j’accompagne. Pratiquez-le au calme, en prenant le temps qu’il faut. Il n’y a pas de bonne vitesse.

  1. Nommer le schéma. Retrouvez deux ou trois situations où il est apparu. Qu’ont-elles en commun ? Résumez-le en une phrase qui commence par « Où que j’aille… ».
  2. Changer l’étiquette. Remplacez « c’est mon problème » par « c’est ma leçon ». Demandez-vous ce que cette situation est en train de vous apprendre, et quelle capacité elle vous invite à développer.
  3. Repérer l’attachement et la douleur. À quoi êtes-vous attaché dans ce schéma ? Quelle douleur évitez-vous en restant attaché : la solitude, la culpabilité, le rejet, la peur de décevoir ?
  4. Vous laisser traverser. Fermez les yeux et respirez profondément. Retrouvez cette douleur, repérez où elle se trouve dans votre corps, et laissez-la vous traverser. Puis demandez-lui : « Qu’est-ce que je suis censé apprendre ici ? » Et écoutez.
  5. Formuler la leçon. Écrivez-la en une phrase courte, à la première personne et au présent : « J’ai le droit de… », « Je suis… ». Lisez-la à voix haute. Vérifiez qu’elle vous soulage et qu’elle vous donne de l’élan.
  6. Raconter et incarner. Racontez ce schéma comme une leçon : « J’ai longtemps vécu…, cela m’a appris…, aujourd’hui je… ». Puis choisissez une action concrète, à faire cette semaine, qui montre que la leçon est apprise : dire non, ou renoncer à une priorité.

C’est à cette dernière étape que la leçon quitte votre tête pour entrer dans votre vie. Agir comme la personne qui a appris la leçon, c’est commencer à devenir cette personne. J’en parle dans l’article sur la transformation identitaire.

Attendez-vous aussi à une chose : quand une leçon est apprise, une autre viendra. Nouveau niveau, nouveau schéma. C’est le signe que vous avancez.

Les schémas répétitifs en amour

En amour, on revit le schéma avec des visages différents. Ce qui se répète, le plus souvent, c’est la façon dont vous vivez le lien, et ce que vous croyez mériter.

Il y a plus de dix ans, je n’arrivais pas à me mettre en couple. Le même problème s’est présenté pendant des années, jusqu’à ce que j’en tire la leçon : je devais d’abord travailler sur moi, jusqu’à me sentir suffisant, entier. Quand j’ai fait ce travail, le problème est sorti de ma vie, et une vie sentimentale épanouie est devenue mon nouveau schéma.

Si c’est votre cas, commencez par la relation que vous avez avec vous-même. J’explique comment dans apprendre à s’aimer soi-même.

Questions fréquentes sur les schémas répétitifs

Pourquoi est-ce que je répète toujours les mêmes erreurs ?

Parce que votre intérieur vous ramène à ce qui lui est familier, même quand ce familier vous fait du mal. Vous regardez la réalité à travers une histoire que vous vous racontez, et vous trouvez les preuves qu’elle est vraie. Souvent aussi, une émotion qui n’a pas été vécue jusqu’au bout se réveille dans chaque situation qui lui ressemble. Tant que la leçon n’est pas apprise, la situation revient.

Comment savoir si je suis dans un schéma répétitif ?

Retrouvez deux ou trois situations qui vous ont laissé le même goût. Si vous pouvez résumer leur point commun en une phrase qui commence par « Où que j’aille… », vous tenez votre schéma. Autre signe : vous ressentez la même émotion, avec la même intensité, face à des personnes très différentes.

Peut-on sortir d’un schéma répétitif seul ?

Vous pouvez commencer seul, avec le protocole de cet article. Mais un schéma se défait par la pratique, répétée dans le temps. L’entourage compte aussi. Quand personne autour de vous ne vous pousse à changer, c’est plus dur. C’est pour ça que je travaille en groupe et en séances individuelles. Et si ce que vous vivez pèse sur votre santé, parlez-en aussi à un professionnel de santé.

Pourquoi je tombe toujours sur le même type de partenaire ?

Parce que vous portez en vous une façon de vivre le lien, et que vous la retrouvez chez des personnes différentes. Si vous avez peur d’être abandonné, votre attention cherche les signes d’abandon, et elle les trouve. Si vous ne vous sentez pas digne d’être aimé, vous acceptez des relations qui vous le confirment. Le schéma change quand la relation avec vous-même change.

Un schéma répétitif vient-il forcément de l’enfance ?

Pas forcément. Il vient souvent d’une expérience que vous n’avez pas fini de vivre, et elle peut être ancienne. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin de revivre l’expérience de départ pour vous en libérer. Vous pouvez partir de la situation d’aujourd’hui : nommer l’histoire, retrouver l’émotion, la laisser vous traverser et en tirer la leçon.

Par où commencer

Si le même schéma revient, c’est le signe que vous êtes appelé à le dépasser, pour vivre quelque chose qui vous correspond mieux. Vous avez une leçon à apprendre, et vous pouvez commencer aujourd’hui en la nommant.

Faites le test gratuit « Découvrez votre schéma répétitif » : en 5 minutes, il vous aide à mettre des mots sur le schéma qui freine vos relations, votre carrière ou votre confiance en vous. Pour aller plus loin, regardez aussi l’épisode Se libérer des schémas qui se répètent, où je reviens sur l’émotion qui n’a pas été vécue jusqu’au bout.

Le meilleur est à venir.


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